Cumul emploi-retraite : à deux mois de la réforme, le seuil de 7 000 € n’est toujours pas fixé
À partir du 1er janvier 2027, les nouveaux retraités qui travaillent entre l’âge légal et 67 ans verront leur pension de base réduite au-delà d’un seuil de revenus. Le décret qui doit le fixer n’est pas paru, alors que près d’un actif de 45 à 64 ans sur deux envisage de travailler une fois à la retraite.
Prenons un retraité de 65 ans qui gagne 12 000 € bruts par an en continuant à travailler. Si sa pension a pris effet en 2026, rien ne change pour lui. Si elle démarre en 2027, le calcul devient sévère. Avec le seuil envisagé de 7 000 €, il dépasse de 5 000 € et sa pension de base est amputée de la moitié de ce dépassement, soit 2 500 € par an, environ 208 € par mois. Ses cotisations ne lui ouvriront plus aucun droit nouveau avant 67 ans. S’il percevait ce même revenu avant d’avoir atteint l’âge légal, après un départ pour carrière longue par exemple, la totalité des 12 000 € serait déduite de sa pension, qui pourrait être entièrement suspendue.
La réforme n’est pas un projet. Elle figure à l’article 102 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, et s’applique aux assurés dont la première pension de base prend effet à compter du 1er janvier 2027. Les retraités actuels gardent les anciennes règles, même s’ils reprennent un emploi plus tard, précise l’Assurance retraite. Le nouveau régime ne tient plus qu’à l’âge.
Avant l’âge légal, les revenus d’activité sont retranchés de la pension dès le premier euro. Entre l’âge légal et 67 ans, la pension est réduite de 50 % de la part des revenus qui dépasse le seuil. À partir de 67 ans, le cumul redevient intégral et les cotisations ouvrent droit à une seconde pension. Le seuil de 7 000 € par an figurait dans l’exposé des motifs du texte, mais le décret qui doit le fixer n’était toujours pas publié fin octobre. L’Assurance retraite l’attend avant la fin de l’année et promet un simulateur en ligne au premier trimestre 2027. Le texte vise les régimes de base, et le sort des pensions complémentaires reste à préciser.
Six cent mille cumulants, souvent modestes
La mesure touche une population en forte croissance. Selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 606 200 retraités de 55 ans ou plus cumulaient un emploi et une pension en 2023, contre 456 200 en 2014, et 71,4 % d’entre eux travaillaient à temps partiel. Leurs revenus d’activité sont faibles. Dans son rapport de mai 2025, la Cour des comptes les estimait à environ 9 000 € par an en moyenne et relevait que les trois quarts gagnaient moins de 10 000 €. Elle suggérait un seuil compris entre 7 000 € et 10 000 €. Le gouvernement attend de la réforme 0,4 milliard d’euros d’économies en 2027 et 1,9 milliard en 2030. La Fédération de la vente directe, qui réclame un seuil plus élevé, chiffre à 1 400 à 1 600 € par an la perte de certains vendeurs retraités et estime que près de 1 400 d’entre eux pourraient cesser leur activité.
Le profil des personnes concernées compte. Selon la DREES, 59,4 % des cumulants avaient 65 ans ou plus en 2023, 40,4 % travaillaient moins d’un mi-temps et 17,8 % étaient artisans, commerçants ou chefs d’entreprise. La Cour des comptes notait aussi que plus d’un quart d’entre eux étaient partis avant 62 ans, au titre d’une carrière longue ou d’une inaptitude. À partir de 2027, ces retraités partis tôt tomberont sous la règle du premier euro jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge légal. À l’autre bout de l’échelle, 2,5 % des cumulants salariés gagnaient plus que le plafond annuel de la Sécurité sociale.
Des futurs retraités qui comptent travailler
La réforme concerne des actifs qui comptent souvent travailler une fois retraités. Dans le baromètre réalisé par Odoxa pour la Mutuelle d’Ivry la Fraternelle (MIF) du 3 au 8 avril 2026, avant la rentrée budgétaire, auprès de 1 000 actifs de 45 à 64 ans, 47 % envisageaient de poursuivre une activité, au moins à temps partiel, après avoir liquidé leurs droits. Ils sont 84 % à anticiper une baisse de leur pouvoir d’achat une fois retraités, de 31 % en moyenne, et 71 % ignorent quelle part de leur revenu leur pension remplacera. Sept sur dix épargnent déjà pour leur retraite, cinq points de plus en un an, d’abord via l’assurance vie (48 %), puis le plan d’épargne retraite et l’épargne salariale (23 % chacun). Et 63 % disent vouloir partir le plus tôt possible, quitte à accepter des conditions financières moins favorables. Les caisses conseillent de déposer sa demande quatre à six mois avant la date de départ. Une pension qui prend effet avant le 1er janvier 2027 conserve les règles actuelles.

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